Il y a des gens qui font des montres. Et puis il y a Max Busser, qui fabrique des machines a remonter le temps de ton enfance. Des vaisseaux spatiaux, des bulldogs, des grenouilles mecaniques — tout ca, avec des tourbillons volants et des turbines en aluminium. Bienvenue dans l’univers de MB&F, le laboratoire horloger le plus dingue de la planete.
Si tu penses que l’horlogerie suisse, c’est forcement des boitiers ronds, des cadrans blancs et des aiguilles dauphine, Max Busser est la pour te prouver le contraire. Depuis 2005, cet ingenieur devenu createur a dynamite chaque convention du metier — et le plus fou, c’est que le metier l’adore pour ca.
De Milan a l’EPFL : un gamin qui ne rentrait dans aucune case
Maximilian Busser nait en 1967 a Milan, d’un pere suisse et d’une mere indienne. La famille s’installe en Suisse quand il a trois ans. Enfant, il dessine sans arret — des voitures, des avions, des machines imaginaires. C’est un reveur dans un pays d’ingenieurs. Ca tombe bien : il sera les deux.
A l’EPFL (Ecole polytechnique federale de Lausanne), il decroche un diplome en microtechnologie en 1991. Le genre de formation qui ouvre les portes de l’industrie horlogere suisse. Mais Max ne veut pas faire des composants dans un labo. Il veut creer.
Jaeger-LeCoultre, Harry Winston : l’apprentissage du sommet
En 1991, il entre chez Jaeger-LeCoultre. Pas comme ingenieur — comme commercial et marketeur. Il apprend le langage de la haute horlogerie, les codes, les reseaux. Pendant sept ans, il observe la manufacture de l’interieur.
En 1998, coup de theatre : le joaillier americain Harry Winston le recrute pour diriger sa division horlogere. Max a 31 ans. Sa mission : transformer une maison de joaillerie en marque horlogere credible. Pari reussi. Sous sa direction, Harry Winston lance l’Opus, une serie de collaborations avec les horlogers independants les plus audacieux — F.P. Journe, Vianney Halter, Antoine Preziuso. Chaque Opus est un manifeste : l’horlogerie n’est pas figee, elle peut se reinventer chaque annee.
Mais au bout de sept ans, Max etouffe. Il n’est pas un directeur general — il est un createur. Le 15 juillet 2005, il quitte Harry Winston. Dix jours plus tard, MB&F existe.
MB&F : le premier laboratoire de concepts horlogers
MB&F, pour Maximilian Busser & Friends. Le “Friends”, c’est tout le programme. Max ne travaille pas seul : il s’entoure des meilleurs horlogers, ingenieurs, designers et artisans pour chaque projet. C’est un modele de studio creatif, pas une manufacture traditionnelle. Chaque montre est une collaboration, un dialogue entre des talents differents.
La premiere creation, la HM1 (Horological Machine No.1), arrive en 2007. Le choc est immediat. Ce n’est pas une montre : c’est une sculpture mecanique avec un double cadran, un boitier en forme de vaisseau spatial a deux bulles. Le prix depasse 200 000 CHF. Le monde horloger ne sait pas trop quoi en penser. Les collectionneurs, eux, sont fascines.

Les Horological Machines : quand la montre devient sculpture
La serie des Horological Machines (HM), c’est le coeur battant de MB&F. Chaque numero est une rupture.
HM1 a HM4 posent les bases du langage MB&F : des boitiers sculptes, des mouvements visibles, des affichages non conventionnels. La HM4 Thunderbolt (2010), inspiree de l’aviation, affiche l’heure et les minutes sur deux compteurs aeronautiques inclines, alimentes par deux turbines visibles. Le mouvement de 311 composants est entierement developpe pour MB&F.
HM5 (2012) s’inspire des concepts-cars des annees 1970. Le cadran est lu a travers un prisme, comme un tableau de bord de Lamborghini Marzal. C’est la premiere HM avec lecture directe de l’heure.
HM6 Space Pirate (2014) est peut-etre la plus iconique. Inspiree de Capitaine Flam — oui, le dessin anime japonais des annees 1970 —, cette machine de 475 composants abrite un tourbillon volant protege par un bouclier retractable a six lames. Deux turbines en aluminium usine regulentl’efficacite du remontage automatique. Neuf verres saphir bombees offrent une vue sur le mouvement depuis tous les angles. Le boitier en titane mesure 49,5 mm de large et 20,4 mm d’epaisseur. Prix : 215 000 CHF. C’est absurde, magnifique, et totalement assumee.
HM10 Bulldog (2020) represente une autre facette du genie de Max. La reserve de marche est indiquee par l’ouverture de la gueule du bouledogue — machoires ouvertes, il reste de l’energie ; fermees, il est temps de remonter. Le grand balancier suspendu est visible sous le dome de saphir central. C’est de l’horlogerie emotive, ludique, et techniquement irreprochable.
Les Legacy Machines : l’hommage au passe, version MB&F
En 2011, Max lance une deuxieme ligne : les Legacy Machines (LM). Le concept est different : des boitiers ronds, plus classiques en apparence, mais avec un twist MB&F.
La LM1 expose un balancier volant sur le dessus du cadran, suspendu au-dessus de deux sous-cadrans decales. C’est un hommage direct aux chronomètres de marine du XIXe siecle, avec une elegance sculpturale que les puristes adorent.
La LM Perpetual pousse le concept plus loin : un calendrier perpetuel concu par l’horloger Stephen McDonnell, avec un “processeur mecanique” qui permet de regler la date en avant et en arriere sans risquer d’endommager le mouvement. Une innovation majeure dans un domaine ou les calendriers perpetuels traditionnels ne se reglent que dans un sens.
La LM Sequential EVO (2020) propose deux chronographes independants dans un meme boitier, capables de chronometrer deux evenements distincts simultanement. Le mouvement de 581 composants represente cinq ans de developpement. C’est la Legacy Machine la plus complexe jamais realisee.
Les collaborations : l’horlogerie comme art collectif
MB&F ne s’arrete pas aux montres. Les collaborations sont dans l’ADN de la maison.
Avec la manufacture L’Epee 1839, specialiste des pendulettes haut de gamme, MB&F a cree des horloges de table en forme de robots (Sherman, Balthazar), de pieuvres (Octopod), de meduses (Medusa), d’araignees (Arachnophobia). Ces objets mecaniques, vendus entre 30 000 et 50 000 CHF, ont relance un segment completement oublie de l’horlogerie.
Avec le designer francais Alain Silberstein, MB&F a cree la HM2.2 Black Box en 2009 — la premiere de sa serie “Performance Art”, ou un artiste reinterprete une machine existante. Silberstein a aussi signe une version de la LM1 avec ses formes et couleurs signatures (triangle, cercle, carre ; rouge, bleu, jaune).
Et puis il y a les M.A.D. Galleries, des galeries d’art mecanique ouvertes a Geneve, Dubai, Hong Kong et Taipei. On y trouve des oeuvres cinetiques, des automates, des sculptures mecaniques — et evidemment, les pieces MB&F. C’est le prolongement naturel de la vision de Max : l’horlogerie comme branche de l’art cinetique.
Un modele economique unique
MB&F produit environ 250 montres par an. C’est minuscule. Rolex en produit un million. Mais chaque piece MB&F est un evenement. Les series limitees sont souvent epuisees avant meme d’etre livrees. Le marche secondaire s’enflamme : certaines HM6 Space Pirate se negocient aujourd’hui a plus du double de leur prix initial.
Le secret, c’est la rarete combinee a l’emotion. Max Busser ne vend pas du luxe — il vend du reve d’enfant avec une execution de haute horlogerie. Et ca, dans un monde sature de montres rondes en acier, c’est irreplacable.
Ce que Max Busser a change
Avant MB&F, l’horlogerie creative independante existait, mais elle restait marginale. Max a prouve qu’on pouvait creer des machines horlogeres radicalement differentes et les vendre a des collectionneurs serieux. Il a ouvert la voie a toute une generation de createurs qui n’auraient peut-etre jamais ose sans son exemple.
Quand tu regardes une HM6 Space Pirate ou une HM10 Bulldog, tu ne regardes pas l’heure. Tu regardes un adulte qui a refuse de cesser de jouer. Et c’est peut-etre le plus beau compliment qu’on puisse faire a un horloger.
— Elise V.