Le rideau tombe sur Baselworld 2018 : retour sur un millésime contrasté
Le salon de Bâle a fermé ses portes ce 27 mars après six journées — et non plus huit — d’effervescence horlogère. Avec quelque 700 exposants contre 1 300 l’an passé, Baselworld 2018 affichait un format resserré, signe d’une industrie en mutation. Pourtant, les grandes maisons n’ont pas ménagé leurs efforts. Je vous propose ici, en toute subjectivité assumée, les dix garde-temps qui, à mes yeux d’horloger, ont véritablement marqué cette édition.
1. Rolex GMT-Master II « Pepsi » ref. 126710BLRO — La reine incontestée
Il faut bien l’admettre : chaque édition de Baselworld possède sa star, et en 2018, la couronne revient sans conteste à Rolex. La nouvelle GMT-Master II « Pepsi » en Oystersteel avec bracelet Jubilé a provoqué un véritable séisme. Ce boîtier de 40 mm abrite le tout nouveau calibre 3285, fort de dix brevets et d’une réserve de marche portée à 70 heures. La lunette Cerachrom bicolore rouge et bleu, d’une résistance remarquable aux ultraviolets, prolonge l’héritage de la référence originale de 1955. Prix public : 8 800 CHF. Autant vous prévenir : les listes d’attente chez les concessionnaires promettent d’être longues.
2. Tudor Black Bay Fifty-Eight ref. 79030N — La révélation
Si Rolex a fait le spectacle, c’est bien Tudor qui a remporté le prix de l’élégance. La Black Bay Fifty-Eight séduit par son boîtier de 39 mm — enfin ! — pour une épaisseur contenue à 11,9 mm. Le calibre manufacture MT5402, certifié COSC avec 70 heures de réserve de marche, ne laisse rien au hasard. Le cadran noir rehaussé d’index et d’aiguilles « snowflake » dorés rend un hommage vibrant à la référence 7924 des années 1950. À 3 250 USD sur bracelet, le rapport qualité-prix est tout simplement imbattable dans ce segment.
3. Omega Seamaster Diver 300M — La renaissance d’une icône
Omega a frappé fort avec la refonte intégrale de sa Seamaster Diver 300M. Quatorze nouvelles références déclinent un boîtier de 42 mm doté d’un cadran en céramique polie avec motif vagues gravé au laser — un retour très attendu. Le calibre Master Chronometer 8800, antimagnétique jusqu’à 15 000 Gauss et certifié METAS, place cette plongeuse au sommet de sa catégorie technique. Comptez 4 500 CHF sur bracelet acier. Après vingt-cinq ans de service, la « Bond watch » n’a jamais été aussi bien armée.
4. Omega Seamaster 1948 Limited Edition — Le geste patrimonial
Pour célébrer les 70 ans de la collection Seamaster, Omega a dévoilé deux éditions limitées à 1 948 exemplaires chacune, inspirées des montres militaires commandées par le ministère de la Défense britannique. Boîtier de 38 mm, calibre Co-Axial Master Chronometer 8806, fond saphir : la pièce est un bijou de sobriété. À partir de 5 700 CHF, ces références s’adressent aux collectionneurs avertis.
5. Zenith Defy Classic — L’audace maîtrisée
Après le choc technologique du Defy Lab en 2017, Zenith a eu l’intelligence de proposer une Defy Classic plus accessible. Boîtier titane de 41 mm à cornes intégrées, mouvement Elite 670 SK, cadran ajouré révélant le squelette du mécanisme : la montre allie modernité et lisibilité. C’est une proposition cohérente qui élargit le public de la gamme Defy sans en trahir l’esprit.
6. Breitling Navitimer 8 — Le virage Kern
Sous la houlette de son nouveau directeur général Georges Kern, Breitling a entamé une mue spectaculaire. La Navitimer 8, déclinée en trois-aiguilles, chronographe ETA 7750 et chronographe manufacture B01, propose un design épuré, éloigné de la surcharge traditionnelle de la marque. Le pari est risqué — certains puristes regrettent la règle à calcul circulaire — mais la direction artistique est indéniablement rafraîchissante.
7. Casio G-Shock GMW-B5000 « Full Metal » — La surprise populaire
Pour le 35e anniversaire de la G-Shock, Casio a créé l’événement avec la GMW-B5000 tout acier. Tough Solar, Multi-Band 6, Bluetooth, LED haute luminosité : la technologie est au rendez-vous dans un écrin métallique qui transcende le concept original. À 500 USD pour la version argent et 600 USD pour la dorée, c’est l’une des montres les plus désirables du salon, toutes catégories confondues.
8. Seiko Prospex Diver 300m Hi-Beat SLA025 — L’hommage nippon
Seiko a rendu un hommage magistral à sa référence 6159-7001 de 1968 avec cette réédition limitée à 1 500 exemplaires. Mouvement Hi-Beat 36 000 alternances/heure, boîtier monocoque, étanchéité à 300 mètres : la pièce rappelle que Seiko possède un patrimoine plongée d’une richesse insoupçonnée. Un prix élevé — 5 500 EUR — mais une authenticité rare.
9. Oris Aquis Clipperton Limited Edition — La conscience bleue
Oris poursuit son engagement environnemental avec cette édition limitée à 2 000 pièces dédiée à l’atoll de Clipperton. Le cadran dégradé bleu est somptueux, le boîtier de 43,5 mm en acier reste parfaitement maîtrisé, et le calibre Oris 733 (base Sellita SW200) assure une fiabilité éprouvée. À environ 2 100 EUR, Oris confirme son statut de valeur sûre pour l’amateur de plongeuses accessibles.
10. Chopard L.U.C All-in-One — Le tour de force
Impossible de clore ce palmarès sans mentionner le L.U.C All-in-One de Chopard : 14 complications réparties sur deux cadrans, dont un tourbillon, un quantième perpétuel, une équation du temps et une sonnerie. À 423 000 USD, nous sommes dans la haute horlogerie la plus exigeante. Ce n’est pas une montre que l’on achète : c’est une montre que l’on contemple, et qui rappelle que le génie horloger suisse n’a pas dit son dernier mot.
Surprises et déceptions : le bilan
Les bonnes surprises de ce Baselworld 2018 tiennent en quelques mots : le retour de la lunette Pepsi en acier chez Rolex, la maturité de Tudor avec la Fifty-Eight, et la refonte magistrale de la Seamaster 300M chez Omega. La tendance aux boîtiers plus raisonnables — 39 à 42 mm — est un soulagement pour ceux d’entre nous qui possèdent des poignets de taille humaine.
Côté déceptions, on regrettera la réduction drastique du nombre d’exposants, symptôme d’un salon qui peine à justifier ses coûts faramineux. Certaines maisons ont livré des évolutions très timides, se contentant de nouvelles couleurs de cadran sans réelle innovation technique. La question de la pertinence même de Baselworld, face à la montée du SIHH et des présentations digitales, se pose plus que jamais.
Prix et disponibilité : patience de rigueur
Pour les pièces les plus convoitées — la GMT-Master II Pepsi et la Black Bay Fifty-Eight en tête — préparez-vous à des délais de livraison considérables. Les concessionnaires Rolex annoncent déjà des listes d’attente de plusieurs mois, voire plus d’un an. Les éditions limitées Omega et Seiko seront, par définition, éphémères. Mon conseil : si une pièce vous parle, passez commande sans tarder et armez-vous de cette patience que tout amateur d’horlogerie se doit de cultiver.
— Jean-Marc B.