Genève se prépare, moi aussi

Palexpo au Grand-Saconnex pres de Geneve, lieu du SIHH salon horloger

Dans une semaine, le Salon International de la Haute Horlogerie ouvre ses portes à Genève — du 15 au 19 janvier, pour être précise. Et comme chaque année, cette petite fébrilité me prend. J’ai grandi à deux pas du lac, ma mère tient un restaurant où les horlogers viennent déjeuner entre deux réunions. Je connais l’odeur du SIHH avant même d’y mettre les pieds : un mélange d’huile de mouvement, de cuir neuf et d’espresso serré. Cette édition 2018 promet d’être particulièrement riche, avec 34 exposants — 18 maisons historiques et 16 indépendants au Carré des Horlogers. Voici ce qu’on sait, ce qu’on espère et ce qu’on murmure.

Cartier : le Santos renaît

C’est probablement la nouvelle la plus attendue du salon. Cartier relance intégralement sa collection Santos avec un design modernisé, deux tailles (medium et large), et surtout deux innovations qui pourraient changer la donne : le système QuickSwitch, qui permet de passer du bracelet acier au bracelet cuir en une pression — sans outil, sans effort —, et le SmartLink, un système de maillons à déclencheur qui permet d’ajuster la taille du bracelet soi-même. Chaque Santos sera livré avec un bracelet métal et un bracelet cuir. C’est malin, c’est pratique, et c’est exactement ce que le marché demande (Cartier Santos 2018 – QuickSwitch & SmartLink).

Je me souviens de la première fois que j’ai tenu un Santos vintage en main, lors de mon stage WOSTEP. Le dessin de la lunette boulonnée m’avait frappée par sa modernité — et ce modèle date de 1904. Le voir revenir dans une version aussi aboutie, c’est émouvant.

IWC : 150 ans, 27 pièces, zéro compromis

IWC Schaffhausen célèbre son sesquicentenaire avec une collection Jubilee de 27 références en édition limitée, réparties sur les familles Portugieser, Portofino, Pilot’s Watches et Da Vinci. Le fil conducteur : des cadrans laqués blanc ou bleu, réalisés en plusieurs couches de laque translucide, avec aiguilles bleues sur fond blanc et aiguilles rhodiées sur fond bleu (Pre-SIHH 2018: IWC Jubilee Collection).

La pièce maîtresse ? Le Tribute to Pallweber, première montre-bracelet IWC à affichage digital par guichets sautants, hommage direct aux montres de poche Pallweber de 1884. Le Portugieser Perpetual Calendar Tourbillon complète le tableau avec un mouvement d’une finition exceptionnelle. IWC a aussi annoncé une montée en gamme du Portugieser Chronograph Edition 150 Years avec un nouveau mouvement manufacture — sans augmentation de prix. Un geste rare qu’il faut saluer (Monochrome Watches – SIHH 2018 Preview).

Jaeger-LeCoultre : cap sur le sport avec la Polaris

JLC prend tout le monde de court en annonçant une collection entièrement nouvelle : la Polaris. Le nom évoque la Polaris Memovox de 1968, montre de plongée mythique à fonction alarme. La nouvelle gamme comprendra une trois-aiguilles automatique, un chronographe, un chronographe World Time et, pour les puristes, une Polaris Date et une Polaris Memovox au design résolument vintage (SIHH 2018: JLC Polaris Collection).

C’est un virage stratégique important pour la Grande Maison de la Vallée de Joux, qui se positionne plus frontalement sur le segment des montres sport en acier — un territoire historiquement dominé par Rolex et Omega.

Panerai : plus fin, plus accessible, toujours Panerai

Chez Panerai, deux axes forts se dessinent. D’abord, l’élargissement de la gamme Luminor Due avec l’apparition d’un boîtier de 38 mm — le plus petit jamais produit par la maison. Pour une marque bâtie sur des montres de plongeurs militaires de 47 mm, c’est un changement culturel majeur. Ensuite, le lancement d’une nouvelle ligne Luminor Logo équipée du calibre manufacture P.6000, à remontage manuel et réserve de marche de trois jours, avec un prix de départ de 4 600 euros. Six nouvelles références (PAM 774 à PAM 779) qui ouvrent grand la porte de la maison aux nouveaux collectionneurs (SIHH 2018 – Panerai Novelties).

Les autres maisons Richemont à surveiller

Vacheron Constantin lance une collection inédite baptisée Fiftysix, en référence à la mythique référence 6073 de 1956. L’objectif est clair : proposer une porte d’entrée plus accessible dans l’univers de la plus ancienne manufacture horlogère au monde (SIHH 2018: Vacheron Constantin Fiftysix).

A. Lange & Söhne présentera la 1815 « Homage to Walter Lange », dotée d’une seconde morte — une complication qui fait sauter l’aiguille des secondes cran par cran, comme un mouvement quartz, mais de manière entièrement mécanique. Un hommage vibrant au fondateur de la renaissance de la marque, disparu en janvier 2017.

Piaget, Montblanc et Baume & Mercier complètent le contingent Richemont, avec des annonces attendues dans les segments ultra-plat et sport-chic.

Le Carré des Horlogers : 16 indépendants à ne pas rater

C’est souvent dans ce carré que battent les cœurs les plus libres du salon. En 2018, 16 marques indépendantes y exposent, dont trois nouvelles venues : DeWitt, Chronométrie Ferdinand Berthoud et Romain Gauthier (SIHH 2018 – 34 exhibitors).

Parmi les valeurs sûres, je te recommande de guetter :

  • MB&F — Max Büsser ne déçoit jamais. Ses machines horlogères défient la physique et la convention.
  • Urwerk — Martin Frei et Felix Baumgartner continuent d’explorer des affichages satellite qui n’appartiennent qu’à eux.
  • H. Moser & Cie — Après le buzz du Swiss Alp Watch (sosie assumé de l’Apple Watch), Edouard Meylan prépare forcément un coup d’éclat.
  • HYT — La seule marque au monde à afficher l’heure par des fluides, en combinant mécanique et microfluidique.
  • Laurent Ferrier et Kari Voutilainen — Pour ceux qui considèrent la finition comme un art sacré.

(12 standout watches from the Carré des Horlogers)

Rumeurs et attentes : ce qu’on murmure dans les ateliers

Quelques bruits de couloir circulent dans les cafés genevois. On parle d’une ouverture progressive du salon au grand public — une première dans l’histoire du SIHH, qui a toujours été un événement strictement professionnel. Le dernier jour pourrait être ouvert aux passionnés munis d’un billet. Si cela se confirme, c’est un signal fort : la haute horlogerie veut sortir de sa tour d’ivoire (Le SIHH fait sa révolution).

On murmure aussi qu’Audemars Piguet, qui n’est pas une maison Richemont mais un exposant historique du SIHH, va frapper fort pour le 25e anniversaire de la Royal Oak Offshore, avec une re-edition fidèle du modèle original et le fameux RD#2 — calendrier perpétuel automatique le plus fin au monde, à 6,3 mm d’épaisseur. Si c’est vrai, ce sera l’un des moments forts du salon (SIHH 2018 – Audemars Piguet).

Mon conseil : patience et précision

Comme toujours en horlogerie, je te recommande la patience. Les annonces pré-SIHH ne sont qu’un apéritif — le plat de résistance arrive sur place, quand on a la montre au poignet, quand on voit le mouvement battre à travers le fond saphir. Je serai à Genève la semaine prochaine, carnet en main. On se retrouve ici pour le débrief complet.

En attendant, remonte ta montre. Elle le mérite.

— Elise V.