Un millesime d’exception

L’annee 2018 restera gravee dans les annales horlogeres. Pas comme une revolution. Plutot comme une confirmation. Celle d’une industrie qui a retrouve ses reperes apres des annees d’exces. Diametres raisonnables, inspirations vintage, calibres manufactures. Le message est clair : l’horlogerie a compris ou etait son avenir. Dans son passe.

Voici les dix montres qui ont defini 2018. Et les mouvements de fond qui ont secoue le secteur.


Le Top 10 des montres de 2018

1. Rolex GMT-Master II “Pepsi” (ref. 126710BLRO)

La bombe de Baselworld 2018. Rolex ressuscite sa lunette bicolore rouge et bleu en Cerachrom, cette fois sur un boitier Oystersteel de 40 mm monte sur bracelet Jubilee. Le calibre 3285 offre 70 heures de reserve de marche. Le resultat : une liste d’attente qui se compte en annees. La “Pepsi” en acier, c’etait le Graal. Rolex l’a livre.

Rolex GMT-Master II Pepsi, lunette Cerachrom rouge et bleu sur bracelet Jubilee

2. Tudor Black Bay Fifty-Eight (ref. 79030N)

Tudor frappe fort. 39 mm de diametre, 11,9 mm d’epaisseur. Le calibre manufacture MT5402. Un clin d’oeil direct a la ref. 7924 de 1958 — d’ou le nom. La Black Bay Fifty-Eight corrige le principal reproche fait a la gamme Black Bay : un boitier trop epais. Ici, tout est juste. Le proportions, l’esprit, le prix. Moins de 3 000 euros au lancement. Une lecon d’equilibre.

3. Omega Seamaster Diver 300M (ref. 210.30.42.20)

Refonte complete pour l’icone sous-marine d’Omega. Cadran ceramique avec vagues gravees au laser — un rappel subtil du modele de 1993. Fond transparent pour la premiere fois sur une Seamaster 300M. Calibre 8800 certifie Master Chronometer par le METAS. Valve a helium conique a 10 heures. Date a 6 heures. Chaque detail a ete repense. La Seamaster entre dans une nouvelle ere.

4. Audemars Piguet Royal Oak Offshore 26470

Audemars Piguet continue de decliner sa Royal Oak Offshore avec des versions audacieuses. En 2018, les finitions et les cadrans tapisserie evoluent. La marque du Brassus prouve qu’elle sait faire vivre un design ne en 1993 sans le denaturer. Le segment ultra-luxe sportif reste sa chasse gardee.

5. Zenith Defy El Primero 21

Zenith pousse la precision dans ses retranchements. Le Defy El Primero 21 bat a 360 000 alternances par heure — dix fois plus vite que l’El Primero historique. Chronographe au 1/100e de seconde. Boitier de 44 mm en titane ou ceramique. En 2018, de nouvelles versions noire et bleue elargissent la gamme. Un tour de force technique pour une marque qui a retrouve son ADN.

6. Patek Philippe Nautilus 5711/1A

Pas de nouvelle reference en 2018, mais la Nautilus 5711 reste la montre la plus desirable de la planete. Les listes d’attente explosent. Le marche gris s’enflamme. Patek Philippe n’a rien besoin de changer : la demande depasse l’offre de maniere structurelle. La Nautilus est devenue un phenomene culturel autant qu’horloger.

7. Seiko Prospex 1968 Diver’s Re-creation (SLA025)

Seiko revisite sa plongeuse historique de 1968. Boitier 44,8 mm, calibre 8L35, etancheite 200 metres. La SLA025 a remporte le prix “Sports Watch” au Grand Prix d’Horlogerie de Geneve 2018. Une reconnaissance meritee pour une marque qui n’a rien a envier aux Suisses en matiere de plongeuses.

8. Nomos Tangente Neomatik 41 Update

La surprise du GPHG 2018. La Tangente Neomatik 41 Update de Nomos Glashutte remporte le tout premier prix “Challenge” (montres de moins de 4 000 CHF). Son mecanisme de date innovant et son design Bauhaus epure seduisent le jury. Nomos confirme qu’on peut faire de la haute horlogerie accessible.

9. Vacheron Constantin Historiques Triple Calendrier 1942

Le prix “Revival” au GPHG 2018 revient a cette recreation d’un modele de 1942. Triple calendrier complet dans un boitier de 40 mm en or. Vacheron Constantin puise dans ses archives avec une elegance remarquable. La neo-vintage a son ambassadeur haute couture.

10. Bovet Recital 22 Grand Recital

L’Aiguille d’Or 2018. Le prix supreme du GPHG. Tourbillon volant, calendrier perpetuel retrograde, tellurion-orrery avec representation de la Terre, de la Lune et du Soleil. Neuf jours de reserve de marche. Bovet signe le chef-d’oeuvre de l’annee. Une piece qui rappelle que l’horlogerie reste un art.


GPHG 2018 : la consecration des independants

Le 9 novembre 2018, le Theatre Lemann de Geneve accueille la 18e edition du Grand Prix d’Horlogerie. Le palmaras fait la part belle aux independants : 10 prix sur 17 leur reviennent.

Les laureats marquants :

  • Aiguille d’Or : Bovet Recital 22 Grand Recital
  • Montre homme : Akrivia Chronometre Contemporain (Rexhep Rexhepi)
  • Complication homme : Laurent Ferrier Galet Annual Calendar School Piece
  • Montre sport : Seiko Prospex 1968 Diver’s Re-creation
  • Chronographe : Singer Reimagined Track 1 Hong Kong Edition
  • Petite Aiguille : Habring2 Doppel-Felix
  • Challenge : Nomos Tangente Neomatik 41 Update
  • Exception mecanique : Greubel Forsey Grande Sonnerie
  • Montre dame : Chanel Boy-friend Skeleton
  • Metiers d’art : Hermes Arceau Robe du Soir
  • Prix special du jury : Jean-Claude Biver

Le prix special decerne a Jean-Claude Biver salue trois decennies de contribution exceptionnelle a l’industrie. Un hommage a l’homme qui a sauve Blancpain, relance Omega et bati l’empire Hublot.


Neo-vintage : la tendance se confirme

2018 confirme ce que 2017 avait amorce. L’industrie tourne le dos aux boitiers de 44-46 mm et aux designs agressifs. Place aux diametres raisonnables et aux inspirations retro.

La Tudor BB58 a 39 mm. L’Omega Seamaster qui cite les vagues de 1993. La Vacheron Constantin qui ressuscite un modele de 1942. Partout, les marques puisent dans leurs archives. Le terme “neo-vintage” s’impose dans le vocabulaire horloger.

Les raisons sont multiples. Les collectionneurs se lassent du gigantisme. Les marches asiatiques, ou les poignets sont souvent plus fins, pesent de plus en plus. Et il y a cette nostalgie diffuse pour une epoque ou les montres etaient des outils, pas des panneaux d’affichage.

Le mouvement ne se limite pas aux diametres. Les bracelets en tissu et NATO reviennent. Les cadrans patines font recette. Les boitiers en acier brosse remplacent le poli miroir. L’horlogerie se veut moins bling, plus substantielle.


Baselworld en crise : le Swatch Group claque la porte

L’evenement sismique de 2018 ne se produit pas en mars, pendant Baselworld. Il arrive en juillet. Nick Hayek, patron du Swatch Group, annonce dans la Neue Zurcher Zeitung que ses 18 marques quittent le salon. Omega, Longines, Tissot, Breguet, Blancpain, Harry Winston — toutes parties.

Le coup est rude. Swatch Group investissait jusqu’a 50 millions de dollars par edition. Baselworld 2018 n’avait deja attire que 650 exposants, contre 1 300 en 2017 et plus de 2 000 une decennie plus tot. Deux niveaux entiers du hall principal etaient fermes. L’ambiance etait celle d’un salon en declin.

Hayek resume la situation : les salons annuels, “tels qu’ils existent aujourd’hui, n’ont plus beaucoup de sens” dans un monde devenu “transparent, rapide et instantane”.

La question n’est plus de savoir si Baselworld survivra. Mais sous quelle forme.


Ce que 2018 nous dit de l’avenir

Retrospectivement, 2018 est une annee charniere. L’industrie horlogere acheve sa mue post-crise. Les marques qui ont compris le virage — retour aux fondamentaux, respect de l’heritage, maitrise des volumes — sortent renforcees. Les autres cherchent encore leur boussole.

Le succes de la GMT-Master II Pepsi, de la Black Bay 58 et de la Seamaster 300M raconte la meme histoire. Les clients veulent des montres authentiques, bien calibrees, portables au quotidien. Pas des concepts. Pas des editions limitees artificielles. Des montres. Tout simplement.

Le GPHG 2018, en couronnant les independants, envoie un signal : l’innovation ne vient plus forcement des grands groupes. Et le depart du Swatch Group de Baselworld annonce la fin d’un modele. L’industrie devra inventer de nouvelles facons de rencontrer ses clients.

2018, une annee de transition ? Non. Une annee de clarte.


Publie le 28 decembre 2018

— Karim A.