Le vent tourne, et les aiguilles avec

Si tu as passé les fêtes à feuilleter des catalogues horlogers — comme moi, entre deux parts de bûche chez ma mère à Genève —, tu as senti que quelque chose frémit dans l’industrie. 2018 s’annonce comme une année charnière, un millésime où les maisons vont devoir trancher entre héritage et audace. Je te propose un tour d’horizon des grandes tendances qui vont rythmer les douze prochains mois.
Des calibres manufacture à foison
La course au mouvement maison n’a jamais été aussi intense. Pendant longtemps, seules les grandes manufactures pouvaient se permettre de développer leurs propres calibres. En 2018, cette quête d’indépendance mécanique se démocratise. Panerai, par exemple, s’apprête à équiper sa nouvelle gamme d’entrée Luminor Logo d’un calibre manufacture inédit, le P.6000, à remontage manuel et réserve de marche de trois jours — le tout pour un prix de départ sous les 5 000 euros. Une petite révolution quand on sait que la marque proposait jusque-là des mouvements génériques à ce niveau de prix (SIHH 2018: Panerai Luminor Logo).
Côté complications, IWC va célébrer ses 150 ans avec une collection Jubilee de 27 pièces en édition limitée, dont un Tribute to Pallweber — la première montre-bracelet de la marque à afficher heures et minutes par guichets sautants, un clin d’œil à une montre de poche de 1884. Quand je pense que le système à heures sautantes remonte à plus d’un siècle et qu’il revient sous cette forme, ça me donne des frissons de restauratrice (Pre-SIHH 2018: IWC Jubilee Collection 150 Years).
Chez Audemars Piguet, on attend le Royal Oak RD#2, annoncé comme le calendrier perpétuel automatique le plus fin de l’histoire — 6,3 mm d’épaisseur. Compresser autant de mécanique dans un si petit espace, c’est de la pure orfèvrerie. Mon ancienne prof au WOSTEP aurait dit : « C’est là que le métier parle » (SIHH 2018: Audemars Piguet).
Cadrans colorés et retour à la sobriété dimensionnelle
Le bleu reste roi, c’est un fait. Mais 2018 va marquer l’émergence timide — et passionnante — du vert. Plusieurs maisons commencent à décliner leurs cadrans dans des tons verts profonds, forêt ou olive, en phase avec les palettes PANTONE du printemps 2018. On ne parle pas d’une déferlante, mais d’un signal faible qui pourrait devenir une vraie vague dans les années à venir (Rétrospective des tendances 2018 en matière de montres).
Sur les textures, les cadrans laqués multicouches font un retour en force. IWC, dans sa collection Jubilee, utilise plusieurs couches de laque translucide, poncées et brossées à plat, pour créer un effet de profondeur sur les index et les pistes. C’est un travail artisanal qui rappelle les émaux d’antan, sans leur fragilité (Monochrome Watches – Pre-announced Watches SIHH 2018).
Mais la tendance qui me réjouit le plus, c’est le retour aux diamètres raisonnables. Après des années de surenchère où les boîtiers dépassaient allègrement les 44 mm, l’industrie revient à des tailles plus contenues, entre 38 et 40 mm. Tudor va donner le ton avec sa Black Bay Fifty-Eight et son boîtier de 39 mm, plus fin et plus élégant que le Black Bay classique. Panerai, marque historiquement associée aux gros diamètres, ose même un Luminor Due en 38 mm — du jamais-vu pour la maison florentine (Top 5 des tendances horlogères 2018).
Matériaux : la céramique et le bronze s’installent
La céramique haute technologie continue sa progression. Légère, résistante aux rayures, hypoallergénique, elle séduit de plus en plus de manufactures. Zenith l’utilise sur sa Defy El Primero, tandis que Hublot poursuit son exploration des matériaux composites. Quant au bronze, il s’est imposé comme le métal tendance de ces dernières saisons grâce à sa patine vivante qui évolue avec le temps — chaque montre en bronze devient littéralement unique au poignet de son propriétaire (Carnets du Luxe – Tendances 2018-2019).
Les marques à suivre en 2018
Évidemment, les poids lourds du groupe Richemont — Cartier, IWC, Jaeger-LeCoultre — vont monopoliser l’attention au SIHH mi-janvier. Mais je te conseille de garder un œil sur plusieurs acteurs :
- Tudor, qui pourrait bien livrer avec la Black Bay 58 l’une des montres les plus désirables de l’année, à un prix contenu.
- Zenith, dont la collection Defy El Primero 21, avec son chronographe au 1/100e de seconde, redéfinit les performances mécaniques.
- Les indépendants du Carré des Horlogers au SIHH — MB&F, Urwerk, H. Moser & Cie, Laurent Ferrier — qui repoussent les limites de la créativité sans les contraintes des grands groupes (12 standout watches from the Carré des Horlogers).
- Les marques émergentes comme Ressence, Ferdinand Berthoud ou Grönefeld, qui gagnent en reconnaissance saison après saison (Top 5 des marques horlogères émergentes).
Mon pronostic personnel
2018 sera l’année où le « less is more » s’impose enfin dans l’horlogerie. Des boîtiers plus fins, des complications plus lisibles, des matériaux plus nobles dans leur simplicité. L’industrie revient à ce qu’elle sait faire de mieux : des montres pensées pour durer, portées pour le plaisir et construites avec une exigence qui ne tolère aucun raccourci. Et franchement, après quelques années d’excès, ça fait un bien fou.
On se retrouve dans deux semaines pour le compte-rendu du SIHH. D’ici là, prends le temps de regarder ta montre — vraiment la regarder.
— Elise V.